Une
épreuve de longue haleine, la Coupe VIA Rail 2009 distribuait du
16 au 19 juin un cumul de 100 000 $ de bourses au club de golf
du Country Club de Montréal.
Formule unique opposant à la division de l’Association des
golfeurs professionnels du Québec (AGP) la division ontarienne
(PGA), un conflit interprovincial permettait de comparer les talents des
professionnels québécois à ceux des Ontariens. Ainsi,
tout au fil des trois jours, un écrémage parmi seize duos
de joueurs pour l’ensemble des divisions nous donna le plaisir d’assister
à des huitièmes de finale de 1000 $, des quarts de finale
de 2000 $, des demi-finales de 4000 $, des finales de 8000 $ pour les
perdants… et un chèque collectif de 20 000 $ (!) pour l’équipe
triomphante. Le Québec, n’en déplaise nos chers voisins,
a ramassé à plate couture les lauriers de la victoire.
Yvan Beauchemin et Carl Desjardins ont remporté les titres de champion
de l’événement contre Jerry Hinds et Danny King. Ils
avaient également battu le terrible duo Rémi Bouchard et
Kevin Senécal la journée précédente. Hinds
et King, quant à eux, avait déclassé Dave Levesque
et Bill Walsh Jr.
Fait anecdotique : soulignons la courageuse et nécessaire participation
de Marie-Josée Groleau, la seule voix féminine de la compétition,
malheureusement éliminée aux quarts de finale.
UNE FINALE VAINCUE D’AVANCE
Lorsque Beauchemin et Desjardins ont entamé leur ronde finale,
la partie était gagnée d’avance. Deux bogueys ont
noirci la carte de pointage des Ontariens, leur rendant la pente à
remonter plutôt abrupte. On voyait le stress de Hinds croître
: cigarettes au bec se noircissaient nerveusement. Une par trou.
Au deux premiers trous du Country
Club de Montréal, les Québécois mirent la balle
sur le vert sans difficulté.
Souriant, farceur, Beauchemin était parfaitement en contrôle.
Au troisième trou, il fit la démonstration d’un superbe
coup d’approche sur un vert en courbe :
où tous roulaient du drapeau, la balle de Beauchemin tombait fixe
à côté du trou comme dans une motte de beurre mou.
Manque de pot — et de putts —, King et Hinds effectuaient
des coups roulés très proche du trou.
Au 4e, Hinds passa proche de commettre une bévue d’amateur
: sa balle ayant cogné un arbre, elle retomba miraculeusement dans
l’allée centrale.
Au 5e trou, les obstacles furent contournés avec une aisance admirable.
King, derrière une série d’arbres, atteint le vert
sans difficulté. Et Beauchemin, nullement ennuyé par le
sable ensevelissant sa balle, la positionna facilement sur le vert.
Au 6e, la force des coups de départ a monté d’un cran.
Renchérissant tout au long des trous subséquents, chaque
joueur semblait frapper de plus en plus fort, si bien qu’un spectateur
s’exclama suite à une balle de Hinds au dernier trou : «
He’s hitting the ball at warp speed! »
Hinds était une source de surprises constante. Effectuant un coup
roulé sur le vert à partir d’une très grande
distance, sa balle accrocha le trou et dévia malheureusement à
quelques pieds… qu’il ne put toutefois atteindre correctement.
King, d’un coup de fer d’approche, visa tellement droit qu’il
en frappe la tige du drapeau, retombant symétriquement vers lui.
À cause de ce boguey des anglophones, l’écart se creusait
davantage pour aboutir à trois coups de distance.
Au 7e trou, plus de peur que de maux : frappant un mauvais coup de départ,
le bois de Beauchemin est tombé de ses mains avec la mollesse du
désespoir — comme une annonce de décès. Et
pourtant, sa balle n’était qu’à une dizaine
de pieds à l’arrière des autres. On aurait pu craindre
pour son collègue : dans le sable, il exécuta une sortie
remarquable tandis que King, peinant dans l’herbe haute, donnait
sans succès un coup de fer à sa balle ne levant pas, demeurant
à quelques pieds de son point de départ.
Après le magnifique oiselet de Beauchemin au 8e trou, Hinds se
revigorera enfin, répliquant avec un oiselet bien attendu. Un épatant
joueur, tant dans sa malchance que dans ses succès.
Au 10e trou, si Beauchemin sembla fléchir, Desjardins sauva la
mise pour annuler l’oiselet des Ontariens.
Ce ne fut que partie remise, puisque Beauchemin le remercia d’un
oiselet au trou suivant. En effet, il réussit un magnifique coup
d’approche à une grande distance du trou. Même Jean
Trudeau, le directeur de l’AGP, était secoué par la
beauté du mérite de ces golfeurs, déposant gracieusement
leurs balles à quelques pieds à peine du trou, bien groupées.
Un autre oiselet québécois s’ensuivit au 11e trou,
égalé par celui des Ontariens.
La marge de manœuvre des hôtes québécois pesait
sur la confiance des invités.
Comme une dette envers King, Hinds ne peut s’empêcher de lui
remettre la monnaie de sa pièce : frappant elle aussi la tige d’un
drapeau au 12e trou, sa balle rebondit ensuite sur le bord du trou pour
finalement en ressortir.
De plus, la collaboration entre Beauchemin et Desjardins se traduisait
non seulement par leur soutien technique mutuel lorsque l’un ou
l’autre manquait leur coup, mais aussi en termes de complicité.
Complotant sur du meilleur arbre à viser pour le 13e trou, Beauchemin
clama tout haut — trahi par son partenaire qui avait fait encore
mieux — : « C’est de cet arbre-là que tu parlais!
» Si Beauchemin fut encore applaudi pour ses coups d’approche
relevant davantage de la chirurgie que du golf, King, lui, était
sous les arbres.
Fatigué de cette avance, Hinds décida de s’accaparer
un peu de prestige. Il accomplit au 14e trou un oiselet grâce à
un fer, évitant d’autres ennuyeux roulés. Avec une
grande satisfaction, il gesticula une mimique indiquant à la balle
sa véritable trajectoire avec son index, souriant orgueilleusement
et plissant des yeux; comme si l’enchantement de ses bâtons
en dépendait. La courbe inversait sa tangente. Trois coups de distance.
Quelque peu effacé par les prouesses de ses adversaires, King accomplit
alors un oiselet grâce un roulé d’envergure sur le
15e trou, baissant quelque peu la pression sur son équipe. L’espoir
revenait, tout comme la concurrence. Sur l’allée de départ
suivante, on sentait que les Ontariens gagnaient confiance au son de leur
mailloche; celle de King résonnait le contentement.
Hélas, l’oiselet final de Desjardins mit fin à la
compétition. La joute s’acheva : le Québec, sacré
vainqueur.
BEAUCHEMIN ET DESJARDINS RIMENT ET SE COMPLÈTENT
Carl Desjardins était plutôt content de sa victoire. Depuis
2005, le golfeur n’avait mémoire d’avoir gagné
quoi que ce soit. L’encaisse du chèque de la ronde finale
était de plus du double du montant qu’il avait gagné
l’an passé.
La rencontre de Desjardins et de Beauchemin n’était pas sans
intérêt : « Tous les deux, en jeux, on a une bonne
philosophie de se compléter », affirmait Beauchemin. «
Une équipe gagnante va être une source d’inspiration
pour la compétition de niveau individuel. Ça bâtit
la confiance ». Rappelons au lecteur qu’Yvan Beauchemin est
l’un des professionnels les plus décorés du milieu
du golf, et ce, tant au niveau québécois que canadien.
DÉFAITE DE KING ET HINDS
Danny King se rappelait avec amertume la journée d’aujourd’hui
: « The putts just didn’t felled today. (...) The shot Ivan
did at the 11th hole was solid. (...) I guess we were just a bit sloppy.
»
Hinds n’eut qu’un commentaire sur sa performance concluant
le tournoi : « Today was the first day we were over thinking. Yesterday,
I didn’t felt good and I played solid. (...) That’s what golf
is, man! »
Les deux anglophones étaient bien heureux cependant de l’opportunité
de participer à un événement de ce calibre.
« Eight thousand bucks is the biggest prize I won. It’s not
very often we can play with that amount of money! », rigolait Hinds.
PROCHAIN ÉPISODE : LES TOURNOIS DE GOLF
À VENIR
Le 22 et 23 juin prochains à Québec, le Skins Game Mondial
Telus sera l’événement de l’été
pour ceux qui souhaitent suivre le jeu de professionnels de calibre international.
Les 3, 4 et 5 juillets prochain se tiendra le Challenge des générations
Les
Quatre Domaines sur le terrain du même nom. À ne pas
manquer.
Pascal Gagné
Journaliste, Accès Golf.com
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